un dahu en Inde


De Buddha à Shiva.


 

De Buddha à Shiva.

 

Après quelques jours d'acclimatation indienne (+/- 32 degrés), les premières frayeurs en rickshaw et une matinée de siestes, rythmées par des ragas matinaux, Manuraja et Mannerani se laissent entrainer (doon express) vers Bodhgaya par un Vosgien Suisse et son doudou, l'incredible TitBouDahu.

 

       

 

En deux jours, tout fut fait dans les règles de l'art: après avoir goûté aux péchés gourmands du Siddhartha Restaurant et se sentir emplis d'humilité face aux 86 pieds de haut d'un Bouddha géant au regard de pierre, nous fîmes une sieste méditative non de loin l'arbre de Bodhi, sous lequel 26 siècles plus tôt le prince Siddhartha Gautama atteignit l'éveil. Manu-grand spécialiste du chant guttural métal- nous à plusieurs fois récité des mantras inspirés de l'ambiance régnant autour du Mahabodhi temple (entrée libre; app photo/caméra 20/300rps; chaussettes tolérées).

 

     

 

Dans cet endroit verdoyant se croisent de nombreux visiteurs toutes nationalités et croyances confondues. Ici des jeunes moines bouddhistes récitent en canon des prières enivrantes... Là, des pratiquants convaincus se font les abdominaux sur les planches en bois polies par des milliers de mains... Ailleurs, des groupes se forment autour de Gurus auréolés... et partout des passants se laissent bercer par cette saine atmosphère, unique et reposante. Une parenthèse au monde ou l'on peut certainement trouver des réponses aux fourmillement de pensées de l'esprit humain. Mon propre moulin à questions (encore en résonance avec une intense expérience de méditation Vipasana au Népal) y voit ses eaux apaisées. S'abandonner quelques instants à la contemplation, concentré sur la respiration ou les sensations invisibles: Anitcha!... (terme sanscrit affirmant a juste titreque rien n'est permanent; tout évolue en permanence).

 

     

       

 la voie de l'éveil pour petits et grands illuminés

 

Après la visite des monastères chinois, bhoutanais, vietnamiens, thaïlandais et népalais, on avoue ne pas trouver l'illumination... Reste l'option 'ascèse pendant plusieurs années dans les grottes de Dungeshwari'. Si Anne et Manu n'avait pas une obligation aérienne dans moins de 10 jours, c'eut fut peut être une voie efficace pour sortir du cercle infernal des réincarnations. On s'accorde d'apprécier d'abord celle-ci.

 

 

 

Nous partons donc plein d'entrain (purushottam express) pour Vanarés/Bénarasi qui 6 ans plus tôt m'avait tant séduite...Mes souvenirs reprennent vie le long des Ghats ou se croisent sadhu colorés, babos en mal de Beatles et fervents croyants venus se purifier corps et esprit dans les eaux fleuries et polluées du Gange. Pendant 5 jours, nous fumes tiraillés par l'envie d'un plongeon généreux dans les eaux de la Grand Mère -comme l'appelle les indiens. Les quelques 1,5 millions de bactéries coliformes/100ml nous rebutent autant que de tomber nez à nez avec les cendres d'un indien venu finir sa vie à Bénares. L'année prochaine j'y retourne avec une combinaison de plongée... 

 

      

 

A part une sortie quotidienne aux heures les plus chaudes de la journée (en se demandant chaque jour pourquoi nous sortons toujours aux heures les plus chaudes de la journée...), nous découvrons Vanarasi à son réveil, doucement colorée par la star solaire du coin; puis 'by night' au grès des flots et des muscles d'un batelier plus costaud qu'un acteur bollywood. Hormis de chouettes graffitis dont il faudra blâmer l'artiste quand les bords du Gange ressembleront aux couloirs du RER parisien dans 10 ans, la cité de Shiva garde un charme pittoresque: espérons que les fesses des gamins dévalants les pentes des ghats effaceront discrètement ses belles peintures modernes qui jurent un peu avec l'un des cœurs de l'univers hindou.

 

 

 

Point d'orgue du voyage: LA SHIVARATRI! Un paragraphe peut bien lui être consacrée car elle fut riche en émotions. Shiva est le dieu destructeur sans lequel aucune création ne serait possible (lonely planet, page 57). A Bénares on lui rend hommage pieds nus, des marques religieuses rouge sang et or sur le front... au pas de course, plus de 80 km en 24 heures. Autant avouer qu'avec nos basket et nos tètes de lorrains, on était pas réellement en condition. C'est une des rares fois où je me suis vraiment senti étranger à l'Inde; pas à ma place... les « how are you sir? » sympathiques et commerciaux en journée, sonnent plus taquins voir menaçants. On traverse les 15 mètres de cette marée humaine peu fiers et inquiets de ne pas comprendre ce qui se passe. Les indiens occupent leurs rues, les touristes restent prudemment sur les hauteurs, regardant cette furieuse coalition progresser sans relâche. De temps à autre quelques courageux visages pâles tentent leurs chances pour regagner leurs hôtels: sifflements et grains de riz volent sur eux. Les rôles sont inversés! Les quantités de bhang lassi (mélange de yaourt liquide et Marijuana) ingurgitées par l'ensemble des coureurs doit désinhiber les frustrations de ne pouvoir le reste de l'année se voir d'égal à égal avec les foreigners. Les qualités laxatives de ce breuvage nous aura quand même valu une jolie remarque de Anne « mais, ils sont tous en train de faire caca là? », béate devant un bord de plage garni de fesses indiennes . Nous rentrons ensorcelés chez notre agréable hôte Derek, un ami américain travaillant pour les indiens et rencontré au fond du célèbre jardin du Michel, 2 ans plus tôt... Sur une de ses étagères nous attendait même une carte postale du Pompidou Messin. Retour au bercail...

 

      

 

Après quelques jours de ré-acclimatation bengalie et un autre charivari, mes deux comparses s'envolent satisfait de leur immersion indienne, mais je serai ravi de publier leurs propres récits si ils me faisaient le plaisir d'écrire a leur tour ce que fut l'Inde pour eux...

 

   

 

 

GoUGoURUDJI

 


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