un dahu en Inde


SAREGAMAPADAtidhatereketetakatereketeNISA


 

 


Il y a deux mois je vous peignais un portrait sonore de mon coin d'étude et de vie indienne. Une nouvelle sensation auditive vient ponctuer le quartier matin et soir: un grain de voix étranger s'y redécouvre, des graves aux aigus du Sargam Indien.

Après plusieurs années percussives, l'envie de colorer mes rythmes des chants de ce monde se faisait déjà sentir depuis quelques temps. Les mains déjà prises, les possibilités d'ornementation mélodique étaient de fait plutôt restreintes (le kazoo et l'harmonica n'étant pas enseignés en Inde).

A force de me voir comparer physiquement à Vincent Delerm, il fallait bien un jour que ca arrive...

J'apprends à chanter...

(arrétez de rigoler!)

...

 

Sutapa Bhattacharya


« Si tu sais parler, tu peux chanter/Si tu sais marcher, tu peux danser » proverbe africain

 

Voici donc 3 mois que je gargarise/nazille/barytonne des notes de musique. Sutapa Bhattacharya, ma professeur de chant, me fit vite comprendre que si je voulais apprendre à chanter, il allait falloir que je chante, vraiment! Au placard donc la timidité! Surtout nez à nez avec la Dame et son harmonium.

Premier objectif: retenir le onomatopées de la gamme indienne Sa-Re-Ga-Ma-Pa-Da-Ni-Sa (alias Do-Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do) et se rendre compte que j'ai un Ni un peu coquin qui aime se rafraichir entre le Ma et le Pa sans qu'il n'y soit invité.

Puis accepter la simple réalité: mes cordes vocales vont avoir du fil à détordre! N'ayant pour ainsi dire 'jamais chanté', mes Re-Ga aigus s'apparentent très franchement à des klaxons bengali, alors que les Ma-Pa-Da graves rivaliseraient avec les démarrages en côte d'un bus népalais.

J'encourage dès à présent tout chanteur timide à venir s'exercer à Calcutta. L'ambiance sonore y est idéale. Si tout au plus on m'entend un peu du tea shop voisin, peu de chances que l'on m'écoute ou que quelqu'un m'encourage à la fermer! C'était nettement moins évident dans cet hôtel de Bodhgaya au silence de marbre.

Monter et descendre une gamme de musique peut aisément se comparer à un escalier réel: la chute est plus douloureuse en descendant. J'avoue que mes premiers Sa-Ni-Da-Pa-(Ni)-Ma-Ga-Ré-Sa ont bien failli me décourager.

J'exagère peut-être un peu, je ne chante pas complètement comme une aloo (patate en bengali), la preuve en est que ma partenaire musicale ne se lasse pas de m'accompagner de son bourdonnement entêtant: elle s'appelle Raagini et joue de la tampura (ok c'est une machine mais quand même); mystique instrument à cordes résonnantes plutôt sympathiques, c'est ce tapis sonore qui me sert de repère dans ma quête des autres notes de la gamme. Car, pour développer des possibilités chorales, c'est aussi l'oreille qui doit se familiariser avec les différentes hauteurs tonales. Bon comme pour tout métronome qui parfois tend à 'se mettre à l'envers', la tampura peut également chanter faux ou du moins, ca me rassure de le penser :)

 

mon tabliste attitré

 

Selon Sutapa, mon plus gros problème reste d'ouvrir grand la bouche, autant pour inspirer l'air nécessaire que pour laisser la place au son de sortir. Quand elle m'annonça 'j'ai un appareil qui devrait t'aider!' je me voyais déjà avec un casque à élastique dentaire écarteur de bouche. Mais ce ne fut qu'un simple petit bout de bois poli à coincer entre les dents pendant certains échauffements. Hé bien mes amis, c'est fou ce que 3cm21 d'acajou peuvent être encombrant... J'aurais mieux fait étant petit d'apprendre à garder la bouche ouverte en mangeant et à bailler poliment les mains dans les poches.

Mais je dois reconnaître que je prends grand plaisir à me remplir l'esprit de son. Chanter m'apporte de belles énergies, une certaine satisfaction d'avancer doucement vers le juste, et le plaisir de découvrir une pédagogie étonnante car réfléchie de Maîtres à élèves depuis des générations. Des experts ont annoncé qu'il fallait tout au plus 10000 heures de pratique d'un art pour le maîtriser; soit 3 heures par jour pendant 10 ans... A raison de 1,6h par jour, je devrai pouvoir vous chanter ces 2 beaux ragas (Bilawal pour les matinaux, Yaman pour les visiteurs d'un soir) d'ici une quinzaine d'années. Posez-moi la question 'comment qu'sa r'gam?' de temps à autre, ca m'encouragera dans cette voix ;)

En attendant voici un petit extrait d'une séance de répétitions avec mon Gurubhai et ami du ch'nord Emmanuel Simon qui reçoit la médaille du mérite vosgien pour avoir supporter les conséquences de mon manque de confiance avoué! Reconnaissez quand même que devoir présenter un duo frenchy de tablas face à Pandit Shankar Ghosh et tous ses élèves indiens avait de quoi mettre un peu la pression.

 

  singing practice du frenchy tablas duet

 

                                  

 

Les deux choses essentielles que j'aurai compris au cours de ce voyage sont que le Ni ne peut pas naturellement se placer entre le Pa et le Ma à moins qu'on ne lui le demande; et qu'il faut progressivement que j'ose me tromper sans en faire tout un foin. Est ce que Vincent Delerm se pose la question, franchement? :)

 

 

                                                                                 Jai Guru...

 

                                                                                                                               DAnisaM'

 


 

 

 


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